Il est clair que Mediapart voudrait nous persuader qu’on ne change jamais. Il est clair que, selon lui, le Bardella d’aujourd’hui serait le même que l’adolescent de 16 ans. Il est clair, surtout, que cette thèse, énoncée sans rire, devrait suffire à couvrir de confusion ceux qui la soutiennent.
Je n’ignore pas que le passé d’un homme public n’est pas interdit d’enquête, et que certaines trajectoires s’éclairent à la lumière de leurs commencements. Mais encore faudrait-il distinguer la révélation de la perfidie. À 16 ans, on n’est pas un adulte : on est un être en formation, perméable, souvent sous l’influence de personnes peu recommandables, en l’occurrence celles d’un Front national dont la fréquentation n’était pas, pour un jeune garçon, la meilleure école de nuance. Passer cela sous silence, ce n’est pas de l’investigation, c’est de l’omission, ce qui est pire.
Cette plongée dans les poubelles de l’Histoire me paraît d’ailleurs d’une prudence discutable : chacun a la sienne, n’est-ce pas ? Même les enquêteurs intègres de Mediapart. Il n’est pas besoin d’être un fervent du Rassemblement national pour constater que la manœuvre, la dernière sans doute qui reste dans la trousse à outils de ce journal, est à la fois grossière et transparente : faire barrage, selon l’expression consacrée, par tous les moyens, y compris les plus minces.
Il y a là quelque chose de presque flatteur pour le parti visé : que les plus ardents procureurs du journalisme en soient réduits à fouiller l’adolescence d’un homme dit assez la pauvreté de leurs munitions. L’affaire prend la tournure d’un arroseur arrosé. Et quelle sera la suite de ce grand feuilleton d’investigation ? Apprendra-t-on que, à 8 ans, le jeune Bardella aurait lancé quelque grossièreté enfantine à sa gouvernante ? Qui voudrait, dès lors, d’un tel Président ?
À moins que les électeurs, ayant flairé les effluves peu ragoûtantes qui montent des fonds de ce journal, ne le renvoient là d’où il n’aurait jamais dû sortir : les bas-fonds de la petite histoire.