Il y a des rapprochements qui s’imposent avec une évidence presque insolente. Les États-Unis d’Amérique de Donald Trump semblent avoir voulu s’inspirer des grands succès de l’État d’Israël — j’ironise, on l’aura compris — cet État qui a perdu, depuis quelques décennies, le peu de soft power, comme on dit aujourd’hui avec cette anglicisation qui m’agace sans jamais me lasser, qu’il possédait autrefois, pour s’engager dans la voie sans issue d’une violence sans fin et, pis encore, sans but.
Je songe, en écrivant cela, à ce qu’avait si justement discerné le général de Gaulle, dans sa fameuse conférence de presse de 1967, où il avait entrevu, avec une clarté qui dérange encore aujourd’hui tant elle fut prophétique, que le sentiment de supériorité de cette fraction des Israéliens ne pourrait mener qu’à leur propre perte. Il faut relire ce texte : on y trouve, avant l’heure, le diagnostic de ce que nous voyons se dérouler sous nos yeux.
Pour les États-Unis de Donald Trump, il existe naturellement, chez cet homme, un sentiment de supériorité comparable — comment pourrait-il en être autrement ? Mais il lui manque, et c’est là toute la différence, la détermination qu’affichent les dirigeants actuels d’Israël : il change d’avis toutes les cinq heures quand eux ne changent jamais. Le résultat, pourtant, est identique dans les deux cas, et c’est peut-être cela le plus troublant. Ni les États-Unis ni Israël ne représentent plus le moindre modèle pour le reste du monde. Le mot « moral », appliqué à ces deux États, a cessé d’avoir un sens — Donald Trump lui-même, dans un aveu qui vaut tous les réquisitoires, l’a reconnu sans détour.
L’histoire du monde, si l’on veut bien la regarder sans complaisance, enseigne que les États qui se livrent à la violence gratuite — celle qui n’a ni but ni fin prévisible — ne connaissent guère de succès durable. En toute chose, il faut considérer la fin, disait La Fontaine ; c’est une leçon de fable qui vaut bien des traités de géopolitique.
Chez Donald Trump et ceux qui le suivent comme des caniches — l’image est cruelle, je le sais, mais je ne lui en trouve pas de plus juste —, la principale motivation de ces décisions sans queue ni tête tient, je crois, à la paresse intellectuelle. Une paresse elle-même née d’une incapacité du même nom, et l’on voit bien que l’une ne va jamais sans l’autre.
Chez les factions d’extrême droite des gouvernements israéliens, c’est tout autre chose. Il n’y a pas là de paresse intellectuelle ; il n’y a pas non plus, il faut le dire, de grands penseurs. Il y a une idée fixe, la seule qui reste quand on a abandonné, une à une, toutes les bonnes idées. Et comme le disait un esprit plus avisé que moi, le meilleur moyen de ne jamais avancer, c’est encore de suivre une idée fixe.
Reste, entre ces deux cas si dissemblables en apparence, un point commun qui mérite qu’on s’y arrête : l’incapacité à avouer ses erreurs. Je dis bien incapacité, et non simple absence de volonté — car cette incapacité-là ne s’improvise pas. Elle est le fruit de décennies entières passées à ne jamais exercer sur soi-même ce travail de réflexion sans lequel aucune grandeur, ni aucune rédemption, n’est jamais possible.