Apollo 11 : Le Récit d’un Voyage Historique
Introduction : Le Rêve Lunaire
Depuis l’aube de l’humanité, le désir d’explorer, de franchir les frontières et de découvrir l’inconnu a toujours été un puissant moteur. Ce même élan qui a poussé les grands pionniers à traverser les océans et les continents a mené, en juillet 1969, deux hommes à fouler le sol d’un autre monde. La Lune, cet astre fantasmé par des générations, s’est révélée être une « magnifique désolation », un désert hostile et silencieux. La mission Apollo 11, aboutissement des efforts titanesques des missions précédentes (Apollo 7, 8, 9 et 10), représente le point culminant de cette quête. Au cœur de cette épopée se trouvent trois hommes : Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins, dont les noms sont à jamais inscrits au panthéon de l’exploration humaine.
1. L’Équipage et la Préparation
Derrière le gigantisme de la fusée Saturn V et la complexité de la mission se trouvaient trois hommes, un équipage dont la dynamique unique et la préparation acharnée ont été les clés du succès.
1.1. Trois Hommes, une Mission
Chaque membre de l’équipage apportait un parcours et une expertise qui lui étaient propres, forgeant un trio complémentaire mais distant.
| Neil Armstrong | Buzz Aldrin | Michael Collins |
|---|---|---|
| Le Commandant Civil : Pilote d’essai civil pour la NACA, il est l’un des rares astronautes à ne pas être issu des rangs militaires au moment de sa sélection. Il est le premier civil américain à aller en orbite. | « Dr. Rendez-vous » : Titulaire d’un doctorat en astrodynamique du MIT, sa thèse portait sur les rendez-vous en orbite, une compétence cruciale pour la mission. | L’Héritier Militaire : Issu d’une famille de généraux, il a suivi une carrière militaire classique avant de devenir pilote d’essai et d’être sélectionné par la NASA. |
| Le Sang-Froid à toute épreuve : Son calme légendaire a été démontré lors de la mission Gemini 8, où il a sauvé son équipage d’une rotation mortelle, et lors d’un crash de son véhicule d’entraînement lunaire dont il s’est éjecté in extremis. | L’Homme d’Action : Pilote de chasse décoré en Corée avec deux victoires aériennes, il est aussi le premier à avoir réalisé un « selfie spatial » lors de la mission Gemini 12. | L’Expert en Sorties Spatiales : Il a réalisé une sortie extra-véhiculaire lors de la mission Gemini 10. Pressenti pour Apollo 8, il a dû céder sa place suite à une hernie discale. |
| Le Héros Discret : D’un naturel calme et réservé, il a toujours eu tendance à vouloir pousser les machines dans leurs retranchements, ce qui lui a valu de nombreux incidents au cours de sa carrière. | Le Caractère Expressif : Son tempérament plus affirmé et direct a parfois créé des tensions, mais son expertise technique était incontestée. | Le Solitaire Reconnu : Calme et réfléchi, il se décrivait lui-même comme un solitaire, une caractéristique qui trouvera un écho particulier durant sa mission en orbite lunaire. |
1.2. Une Équipe Atypique
Contrairement à d’autres équipages Apollo, celui d’Apollo 11 était marqué par un manque de camaraderie. Guenter Wendt, le chef du pas de tir, se souvient : « L’équipage d’Apollo 11 ne semblait tout simplement pas former une équipe soudée. […] Si nous faisions une pause déjeuner, ils partaient toujours séparément. » Michael Collins a confirmé cette ambiance peu « familiale », expliquant que leurs entraînements étaient très segmentés : Neil et Buzz passaient de longues heures dans le simulateur du module lunaire (LM), tandis qu’il s’entraînait seul dans celui du module de commande. Cette séparation a limité les interactions et renforcé une dynamique purement professionnelle.
1.3. La Controverse du « Premier Pas »
Une tension notable a émergé quant à savoir qui serait le premier homme à marcher sur la Lune. S’appuyant sur la tradition des vols Gemini où le pilote sortait pendant que le commandant restait à bord, Buzz Aldrin a mené une véritable campagne de lobbying pour obtenir cet honneur. L’astronaute Gene Cernan se souvient l’avoir vu arriver dans son bureau, « les bras remplis de cartes, de graphiques et de statistiques, plaidant ce qu’il considérait comme évident » : le pilote du module lunaire devait sortir en premier. La décision finale de la NASA en faveur de Neil Armstrong reposait sur trois raisons principales :
- La raison officielle/pratique : La position d’Armstrong, en tant que commandant, était plus proche de la porte de sortie du module lunaire, rendant sa sortie en premier plus simple et plus sûre.
- La raison hiérarchique : Deke Slayton, le patron des astronautes, a invoqué la tradition des grands explorateurs où le commandant est le premier à fouler une terre inconnue. L’ancienneté d’Armstrong dans le corps des astronautes a également joué un rôle.
- La raison officieuse (personnalité) : Lors d’une réunion secrète, les dirigeants de la NASA, dont Chris Kraft, ont décidé que le premier homme sur la Lune devait être une figure de type « Lindbergh » : « Calme, discret, et sûr de lui. Il n’avait pas d’ego. » Le caractère réservé et humble d’Armstrong était jugé plus approprié pour incarner ce moment historique que la personnalité plus extravertie d’Aldrin.
1.4. L’Entraînement pour l’Inconnu
La préparation de la mission fut d’une intensité redoutable. Au total, les trois astronautes ont cumulé plus de 3500 heures d’entraînement, une charge répartie de manière inégale qui renforçait leur dynamique séparée : près de 400 heures pour Collins, et 1300 pour chacun des deux autres. Les simulations reproduisaient avec une fidélité extrême les conditions du vol, incluant des pannes complexes qui menaient parfois à des crashs virtuels du module lunaire. Chaque échec était analysé pour renforcer les procédures, et pour les contrôleurs de vol comme pour les astronautes, la devise du directeur de vol Gene Krantz résonnait comme un mantra : « l’échec n’est pas une option ». Une conviction qui serait mise à rude épreuve dès l’aube du 16 juillet 1969.
2. Le Grand Départ
Ce jour-là, le monde entier avait les yeux tournés vers la Floride, où la plus puissante fusée jamais construite s’apprêtait à envoyer trois hommes vers la Lune.
2.1. Le Matin du 16 Juillet 1969
Les dernières heures avant le lancement se sont déroulées selon un rituel précis et chargé d’émotion :
- Le réveil a sonné à 4h00 du matin, suivi du traditionnel petit-déjeuner des astronautes : steak, œufs brouillés, jus d’orange et café.
- L’équipement a commencé à 6h00. Les trois hommes ont enfilé leurs combinaisons spatiales, puis ont quitté le bâtiment de préparation pour monter dans le van de transfert, les bottes recouvertes de sur-bottes de protection.
- L’arrivée au sommet de la fusée Saturn V s’est faite par un ascenseur qui les a menés à 100 mètres de hauteur. Avant d’entrer dans la capsule, ils ont fait des offrandes humoristiques à Gunter Wendt, le « gardien de la salle blanche » : une truite empaillée, une bible dédicacée et un coupon pour un voyage gratuit dans l’espace.
- L’installation à bord de Columbia a vu Neil Armstrong prendre place sur le siège de gauche, Michael Collins à droite, et Buzz Aldrin au centre. À 7h52, la porte du vaisseau a été scellée.
2.2. Le Monde Retient son Souffle
L’atmosphère était électrique. Près d’un million de personnes s’étaient rassemblées en Floride pour assister au décollage. Des figures clés vivaient ce moment avec une intensité particulière :
- Wernher Von Braun, le concepteur de la Saturn V, pleurait de joie dans le centre de contrôle.
- À Moscou, le cosmonaute Alexei Leonov ressentait ce qu’il a appelé une « envie blanche », un mélange de jalousie et d’admiration.
- À bord, Michael Collins sentait la pression monter, conscient qu’une simple erreur pouvait « rendre tout le programme ridicule aux yeux du monde entier », tandis que Neil Armstrong restait d’un calme olympien, la main sur la poignée d’éjection de la tour de sauvetage.
2.3. L’Envol
À 9h32, les cinq moteurs F-1 du premier étage de la Saturn V se sont allumés dans un rugissement apocalyptique. La fusée s’est arrachée du sol, propulsant ses passagers vers le ciel. En à peine douze minutes, l’équipage s’est retrouvé en orbite terrestre. Après deux tours du monde pour vérifier les systèmes, l’étage S-IVB s’est rallumé pour l’injection trans-lunaire, une poussée cruciale qui les a catapultés sur une trajectoire vers leur destin, entamant la longue et paisible traversée vers la Lune.
3. Voyage vers la Lune
Le voyage entre la Terre et la Lune était loin d’être une simple ligne droite. Il nécessitait des manœuvres complexes et une précision absolue.
3.1. Le « Ballet » Spatial
Quelques heures après avoir quitté l’orbite terrestre, Michael Collins a réalisé une manœuvre d’une délicatesse extrême. Seul aux commandes de Columbia, il s’est séparé du dernier étage de la fusée, a fait pivoter son vaisseau de 180 degrés, puis est revenu s’amarrer délicatement au module lunaire Eagle, qui était encore logé au sommet de l’étage. Ce « ballet » spatial, réalisé au-dessus de l’Océan Pacifique, a permis d’extraire le module lunaire et de former le train spatial qui allait poursuivre sa route vers la Lune.
3.2. L’Approche
Le 19 juillet, après près de trois jours de voyage, Apollo 11 est entré dans la sphère d’influence gravitationnelle de la Lune. En s’approchant de la face cachée, l’équipage a fait face à un choix binaire, sans aucun contact possible avec Houston :
- Option 1 : Allumer le moteur principal pour freiner et se mettre en orbite lunaire.
- Option 2 : Ne rien faire en cas de problème, et laisser la trajectoire initiale les ramener naturellement vers la Terre dans une manœuvre de retour automatique.
À Houston, l’attente était insoutenable. Le seul moyen de savoir si la manœuvre avait réussi était de guetter le rétablissement du signal radio à l’instant précis où le vaisseau devait réapparaître de derrière la Lune. Le soulagement fut immense lorsque le contact fut rétabli exactement au moment prévu. Apollo 11 était en orbite lunaire, et se préparait désormais à la phase la plus périlleuse de la mission : l’atterrissage.
4. « L’Aigle s’est Posé »
Le 20 juillet 1969, la tension a atteint son paroxysme à Houston et à bord du module lunaire Eagle. Les douze dernières minutes de la descente sont entrées dans la légende comme l’un des moments les plus intenses de l’histoire de l’exploration spatiale.
4.1. La Descente Infernale
Avant même que la descente ne commence, le directeur de vol Gene Krantz a verrouillé les portes de la salle de contrôle, caressé le crâne chauve du photographe de la NASA pour porter chance, et prononcé un discours pour son équipe : « Aujourd’hui, c’est notre jour… ». La descente d’Eagle vers la Mer de la Tranquillité a été jalonnée de défis critiques qui ont failli compromettre la mission :
- La trajectoire « longue » : En raison d’une légère poussée imprévue lors de la séparation avec Columbia, Eagle a pris un peu de vitesse supplémentaire. La trajectoire de descente était donc « longue », amenant le module à dépasser la zone d’atterrissage prévue de plusieurs kilomètres et à se diriger vers un terrain beaucoup plus accidenté.
- Les alarmes de l’ordinateur : À plusieurs reprises, des alarmes programme, comme la fameuse alarme 1202, se sont déclenchées, au milieu de communications hachées décrites comme « le crépitement du bacon dans une poêle ». Elles signalaient que l’ordinateur de bord était surchargé. À Houston, le jeune contrôleur de 26 ans, Steve Bales, a pris la décision cruciale de donner le « Go » pour continuer la descente, jugeant que ces alarmes n’étaient pas critiques.
- Le pilotage manuel d’Armstrong : Constatant que l’ordinateur les menait droit vers un champ de rochers et un cratère de la taille d’un terrain de football, Neil Armstrong a pris les commandes manuelles à 500 pieds d’altitude. Pendant que Buzz Aldrin lui annonçait l’altitude et la vitesse, Armstrong a piloté le LM à la recherche d’un site sûr, consommant un carburant précieux à chaque seconde.
4.2. Contact !
Le niveau de carburant était devenu dangereusement bas, avec seulement quelques secondes de vol restantes. Le pouls de Neil Armstrong a grimpé jusqu’à 156 battements par minute. Finalement, il a trouvé une petite zone dégagée et a posé Eagle en douceur. Il a alors prononcé les mots que le monde entier attendait, avec un calme remarquable :
« Houston, Tranquility Base here. The Eagle has landed. »
Dans la salle de contrôle de Houston, l’explosion de joie a été immédiate mais contenue. Les contrôleurs ont applaudi, se sont serré la main, mais la concentration est rapidement revenue pour s’assurer que le module était stable. L’Aigle s’était posé, ouvrant la voie au moment le plus emblématique de la mission.
5. Un Petit Pas pour l’Homme
Après des heures de préparation et de vérifications, le moment était venu de sortir. Cet événement, retransmis en direct, allait captiver le monde entier.
5.1. La Sortie
Neil Armstrong a ouvert la porte du module lunaire et a commencé sa lente descente le long de l’échelle. Une caméra, déployée depuis une baie d’équipement, filmait cette scène historique. Au moment de poser son pied gauche sur la surface poussiéreuse de la Lune, devant un cinquième de la population mondiale, il a prononcé sa phrase devenue immortelle, entendue par beaucoup comme « one small step for man » :
« That’s one small step for a man, one giant leap for mankind. »
Armstrong a été surpris par la proximité de l’horizon et par le fait que ses pas ne soulevaient pas de nuage de poussière, faute d’atmosphère. Le sol était fin mais solide sous ses bottes.
5.2. Activités sur la Mer de la Tranquillité
Rejoint par Buzz Aldrin 25 minutes plus tard, les deux astronautes ont mené une série d’activités pendant leur sortie de près de deux heures et demie :
- Le drapeau américain : Ils ont eu du mal à planter le drapeau dans le sol lunaire, très dur sous une fine couche de poussière, craignant qu’il ne tombe à tout moment.
- L’appel présidentiel : Ils ont reçu un appel en direct du président Richard Nixon depuis le Bureau Ovale de la Maison-Blanche.
- Les expériences scientifiques : Ils ont déployé plusieurs instruments, dont un collecteur de vents solaires de fabrication suisse, un réflecteur laser de fabrication française pour mesurer la distance Terre-Lune, et un sismomètre.
- La collecte d’échantillons : Ils ont récolté environ 22 kilos de roches et de sol lunaires, des trésors géologiques qui allaient occuper les scientifiques pendant des décennies.
- Les hommages silencieux : Aldrin a déposé plusieurs objets sur la surface en hommage aux pionniers de l’espace : un écusson de la mission Apollo 1, des médailles militaires des cosmonautes soviétiques Yuri Gagarin et Vladimir Komarov, et une petite branche d’olivier en or, symbole de paix.
5.3. L’Homme le plus Solitaire
Pendant qu’Armstrong et Aldrin exploraient la surface, Michael Collins continuait de tourner en orbite, seul à bord de Columbia. À chaque passage de 48 minutes derrière la face cachée de la Lune, il perdait tout contact radio avec la Terre et ses collègues. Il est devenu, pendant ces instants, l’être humain le plus isolé de l’histoire, un point solitaire dans l’immensité cosmique.
Après plus de deux heures passées sur la surface, il était temps pour les explorateurs de regagner leur fragile abri et de préparer le voyage du retour.
6. Le Retour des Héros
Le retour sur Terre était tout aussi périlleux que l’aller, impliquant un décollage depuis un autre monde, un rendez-vous orbital précis et une rentrée atmosphérique à une vitesse vertigineuse.
6.1. Décollage de la Lune
Au moment de préparer le décollage de l’étage de remontée d’Eagle, les astronautes ont découvert un problème potentiellement catastrophique : le disjoncteur permettant d’armer le moteur principal était cassé. Sans lui, impossible de repartir. Avec ingéniosité, Buzz Aldrin a utilisé la pointe d’un stylo-feutre pour enfoncer le contacteur dans son logement, sauvant ainsi la mission. Le moteur s’est allumé, arrachant Eagle à la surface lunaire, et le souffle de la fusée a renversé le drapeau américain qu’ils avaient planté.
6.2. Le Rendez-vous et le Retour
Après avoir atteint l’orbite lunaire, Armstrong et Aldrin ont manœuvré Eagle pour rejoindre Columbia. Collins a brillamment piloté la manœuvre d’amarrage finale, réunissant enfin les trois membres de l’équipage. Une fois les échantillons et les pellicules transférés, Eagle a été largué en orbite lunaire. L’équipage a alors allumé le moteur de Columbia pour l’injection trans-terrestre, la dernière poussée cruciale qui les a arrachés à l’attraction de la Lune pour les placer sur une trajectoire de retour de trois jours vers la Terre.
6.3. La Boule de Feu
Le 24 juillet, Columbia a frappé les premières couches de l’atmosphère terrestre à près de 40 000 km/h. La friction a transformé la fragile capsule en une comète artificielle. Michael Collins a décrit ce passage du vide à l’atmosphère comme un « spectacle lumineux incroyable […] des nuances subtiles de lavande, de bleu-vert clair, de petites touches de violet, toutes entourant un noyau central d’orange-jaune. » Le noir de l’espace a finalement laissé place au bleu du ciel, les parachutes se sont déployés, et la capsule a amerri en douceur dans l’Océan Pacifique, à proximité du porte-avions USS Hornet. Leur voyage cosmique était terminé, mais une nouvelle vie, sous les feux des projecteurs, ne faisait que commencer.
7. Une Nouvelle Vie
Le retour sur Terre a marqué la fin de la mission spatiale, mais le début d’une « seconde mission » bien plus longue et complexe : gérer une célébrité planétaire et ses conséquences.
7.1. La Quarantaine
Par précaution contre d’éventuels « germes lunaires », les astronautes ont été placés en quarantaine pour 21 jours. Michael Collins a décrit avec humour l’absurdité de la procédure, soulignant que si des germes existaient, ils s’étaient déjà échappés dans l’Océan Pacifique au moment de l’ouverture de l’écoutille. Ils ont passé leurs premiers jours dans le MQF (Mobile Quarantine Facility), une caravane aménagée à bord du porte-avions, où le confort était relatif mais très apprécié : « Nous avions du gin à bord et des steaks. […] Il y avait une douche chaude aussi. »
7.2. La Célébrité et ses Fardeaux
Dès leur sortie de quarantaine, les astronautes ont été plongés dans un tourbillon médiatique que Neil Armstrong détestera profondément. Des parades gigantesques, des rencontres avec des chefs d’État, et une pression médiatique écrasante sont devenus leur quotidien. Ils ont entamé une tournée mondiale éreintante dont Michael Collins se souviendra avec une précision amusée : « Je crois qu’on a fait 28 villes en 33 jours, ou 33 villes en 28 jours, un truc du genre… ». Cette célébrité soudaine a eu des effets dévastateurs : elle a contribué à la dépression et à l’alcoolisme de Buzz Aldrin, tandis que Neil Armstrong, harcelé sans relâche, a tout fait pour retrouver une vie normale. La presse lui a prêté une liaison avec l’actrice Connie Stevens, des complotistes ont campé devant sa maison, et son propre coiffeur a vendu une mèche de ses cheveux pour 3000 dollars.
7.3. Des Destins Uniques
La vie après Apollo a mené chaque astronaute sur une voie distincte :
- Neil Armstrong : Le héros modeste a quitté la NASA pour devenir professeur d’université, puis un homme d’affaires prospère. Il a fui la célébrité toute sa vie, utilisant sa notoriété avec parcimonie pour promouvoir l’éducation et l’aéronautique, tout en subissant une pression médiatique incessante jusqu’à son décès.
- Buzz Aldrin : Après avoir surmonté ses combats contre la dépression et l’alcoolisme, il est devenu un fervent et infatigable défenseur de l’exploration de la planète Mars. Il a embrassé son statut d’icône, faisant de nombreuses apparitions dans la culture populaire et se faisant connaître pour avoir asséné un coup de poing à un complotiste qui l’avait traité de menteur.
- Michael Collins : Il a mené une carrière plus discrète, occupant brièvement un poste au gouvernement avant de devenir directeur du National Air and Space Museum, qu’il a transformé en une institution de renommée mondiale. Il a toujours affirmé se sentir privilégié d’avoir eu sa place dans cette mission historique.
Conclusion : L’Héritage d’Apollo 11
Le succès d’Apollo 11 n’est pas seulement celui de trois hommes, mais le fruit d’un effort collectif sans précédent. Neil Armstrong lui-même a résumé cette réussite en expliquant qu’elle reposait sur le travail de centaines de milliers de personnes. Il attribuait la fiabilité exceptionnelle du matériel au fait que chaque technicien, chaque ingénieur, chaque assembleur avait fait son travail « un peu mieux que nécessaire ». C’est cette somme d’engagements individuels qui a rendu possible l’impossible.
L’impact de la mission a dépassé les frontières de la science et de la géopolitique. Comme l’a si bien dit le cosmonaute russe Alexei Leonov, cet événement a « vraiment uni l’espèce humaine » et montré « le meilleur de l’humanité ». Pour quelques instants, le monde a oublié ses divisions pour admirer un accomplissement partagé. Si Apollo 11 fut l’apogée de la course à la Lune, le programme Apollo était cependant loin d’être terminé, et d’autres équipages héroïques allaient bientôt suivre leurs traces vers notre satellite.
