L'atterrissage du génie

Elon Musk, donc, encore. Faute d’arriver sur Mars, projet qu’il a lui-même repoussé sine die (ce qui, en latin, veut dire « on en reparlera quand vous aurez oublié »), le génie interplanétaire a revu ses ambitions à la baisse. Il a réussi à mettre une fusée sur orbite. Whaoo. Comme en 1961, avec Gagarine, qui n’avait pas de compte sur un réseau social pour s’en vanter, ce qui est quand même la preuve qu’on pouvait faire de la conquête spatiale sans être insupportable. Et voilà que, fidèle à la méthode TACO, vous savez, ce truc où l’on annonce la Lune et où l’on finit par livrer un pot de yaourt en orbite basse (non, pas le plat mexicain, même si le résultat est à peu près aussi digeste), il vient de revoir encore ses ambitions. Un saut d’au moins vingt mètres de haut, en collant des réacteurs de fusée sous une voiture. Vingt mètres. C’est la hauteur d’un immeuble de six étages, ou d’un plongeoir olympique, ou de la marche que je dois franchir tous les matins pour me lever, selon l’humeur. Je ne dis pas que ce n’est pas impressionnant. Moi, j’ai mis vingt minutes l’autre jour à comprendre comment on règle le chauffage d’une Clio de location, donc un homme qui fait voler une voiture, je le regarde avec le respect que l’on doit à ceux qui ont des problèmes que je n’aurai jamais. Mais enfin, de Mars au bas de caisse, la trajectoire est quand même descendante, comme un footballeur de Ligue 1 qui finirait sa carrière dans un club de National 3 en Mayenne. Prochaine étape, je parie sur les patins à roulettes à réaction. Ah non. Pardon. C’est déjà fait. Par un certain Gaston Lagaffe, il y a plus d’un demi-siècle, sur du papier, avec un crayon, et sans lever un seul milliard. Lui, au moins, il était drôle.