Le Traitement Médiatique de Rima Hassan : Chronique d'une Diffamation Orchestrée

Le Traitement Médiatique de Rima Hassan : Chronique d’une Diffamation Orchestrée

Il existe, dans le paysage médiatique français contemporain, une mécanique d’une redoutable efficacité : celle du mensonge répété jusqu’à l’évidence. Prenez une figure politique clivante — en l’occurrence Rima Hassan, eurodéputée dont le seul tort apparent est de défendre publiquement le peuple palestinien — et observez le processus à l’œuvre. CNews impulse, les chaînes d’information amplifient, et le téléspectateur, faute de recul critique, absorbe. Après tout, raisonne-t-on confusément, tant de voix concordantes ne sauraient se tromper simultanément. C’est là précisément où réside le piège.

Le premier acte de cette construction narrative tient en quelques mots : Rima Hassan serait une terroriste. Non pas parce qu’elle aurait posé quelque acte répréhensible, mais parce qu’elle soutient la résistance d’un peuple sous occupation. Ce glissement sémantique — du militant au terroriste — est accompli avec une désinvolture qui devrait alarmer quiconque s’intéresse encore à la rigueur intellectuelle. Il repose sur un postulat non formulé mais omniprésent : les Palestiniens, femmes et enfants compris, seraient par essence des agents de destruction, télécommandés depuis Téhéran, irréconciliables avec l’existence d’Israël. Que cet État se soit autoproclamé en 1948, qu’il ait depuis lors engagé des conflits successifs avec ses voisins, envahi des territoires, violé des espaces souverains et conduit ce que nombre d’observateurs internationaux qualifient désormais de génocide — tout cela, curieusement, n’encombre guère les plateaux télévisés.

Mais l’affaire prend une dimension proprement surréaliste avec l’épisode de la garde à vue. Des fuites soigneusement orchestrées depuis l’intérieur même d’un commissariat — pratique illégale, rappelons-le, mais visiblement tolérée — viennent informer une presse fort accommodante que l’eurodéputée aurait transporté de la drogue dans son sac à main. Jusque dans les locaux de la police. Volontairement. L’absurdité de la charge n’a apparemment freiné personne. Plus c’est gros, dit-on, plus ça passe. Sauf qu’il existe un seuil au-delà duquel la grossièreté du mensonge finit par se retourner contre ses auteurs. On aurait pu tout aussi bien l’accuser de quelque crime médiéval — le résultat eût été à peine plus grotesque.

Ce qui demeure, au fond, c’est un tableau assez sombre de l’état de notre espace public : des rédactions qui reprennent en chœur une même information fabriquée, sans vérification, sans distance ; des institutions policières perméables aux manipulations politiques ; et une France qui, loin de s’honorer à défendre les peuples martyrisés, choisit d’intimider ceux qui osent le faire.

À défaut de pouvoir changer ce système, on peut au moins refuser d’en être le relais. Ne pas répéter ce qu’on n’a pas vérifié. C’est peu. Mais dans le contexte présent, c’est déjà considérable.