Le fameux billet de 10 dollars australiens commémoratif de 1988.
Ce billet est historique à plus d’un titre : il célébrait le bicentenaire de la colonisation européenne de l’Australie, mais il était surtout le tout premier billet de banque en polymère (plastique) au monde.
Voici l’histoire de ce saut technologique qui a d’abord tourné au petit fiasco d’encre, pour le plus grand plaisir des petits farceurs de l’époque.
Le contexte : Une révolution technologique
Dans les années 1980, la Reserve Bank of Australia (RBA) cherche un moyen radical de lutter contre la contrefaçon, qui explose avec l’arrivée des nouveaux photocopieurs couleur. En collaboration avec le CSIRO (l’organisme de recherche scientifique australien), ils développent un billet en plastique doté d’une caractéristique révolutionnaire : une fenêtre transparente contenant un dispositif optique variable (un hologramme du capitaine Cook).
Le 26 janvier 1988, le billet est mis en circulation. D’un côté, il représente le navire Supply et des scènes de la colonisation ; de l’autre, la culture aborigène.
Et la Reine dans tout ça ?
Petite précision historique : la reine Elizabeth II ne figurait pas sur ce billet de 10 $ de 1988, mais elle était le visage du billet de 1 $ en papier de l’époque (et plus tard du billet de 5 $ en plastique en 1992). Cependant, la ferveur populaire s’est concentrée sur ce nouveau billet de 10 $ à cause de son « défaut de fabrication ».
Le « Scandale » : L’encre qui s’effaçait (trop) facilement
La technologie était révolutionnaire, mais elle avait un point faible majeur pour une première édition : l’adhérence de l’encre sur le plastique.
Rapidement, le public s’est rendu compte que le vernis protecteur ne tenait pas correctement. Il suffisait de gratter un peu le billet avec l’ongle, une pièce de monnaie, ou d’insister avec un peu d’acétone (du dissolvant pour vernis à ongles) pour que l’encre s’en aille, laissant de grandes zones de plastique totalement blanches et transparentes.
Les dérives des dessinateurs en herbe
Le public australien, connu pour son sens de l’humour un brin frondeur, s’est rué sur l’occasion. Partout dans le pays, les gens ont commencé à « customiser » les billets :
- Certains grattaient les visages pour les rendre anonymes ou transparents.
- D’autres s’amusaient à redessiner des éléments grotesques, des moustaches, des lunettes, ou des caricatures politiques sur les zones rendues vierges.
- La fenêtre transparente originale a été élargie par de nombreux plaisantins qui s’amusaient à regarder à travers le billet.
Le jeu est devenu si populaire que les commerçants ont commencé à paniquer, refusant ces billets mutilés ou gribouillés, ce qui a créé un mini-scandale national et un vrai casse-tête pour les banques.
La réaction de la Banque Centrale
Face à l’embarras et au vandalisme monétaire généralisé, la Reserve Bank of Australia a dû réagir très vite.
- Le rappel massif : La RBA a suspendu la production de la première série (les numéros de série commençant par « AA ») pour modifier la formule chimique de l’encre et du vernis.
- La version corrigée : Une deuxième version corrigée (les séries « AB ») a été réémise plus tard en 1988. L’encre y était beaucoup plus résistante.
Quel héritage aujourd’hui ?
Malgré ce faux pas initial qui a fait rire toute l’Australie, l’expérience a été un succès à long terme. Le plastique s’est avéré tellement plus durable et difficile à contrefaire que l’Australie a converti tous ses billets au polymère entre 1992 et 1996. Aujourd’hui, des dizaines de pays (dont le Canada, le Royaume-Uni et de nombreux pays d’Asie) utilisent cette technologie australienne.
Le clin d’œil du collectionneur : Si vous possédez aujourd’hui un de ces billets de 10 dollars de 1988 de la première série « AA » en parfait état (sans grattage !), il a pris une valeur considérable sur le marché des collectionneurs, précisément à cause de cette histoire mouvementée.
