Je viens ici m’adresser à ceux que l’avancée fulgurante — et parfois déconcertante — de l’intelligence artificielle plonge dans une inquiétude légitime. La question mérite d’être posée avec sérieux : cette technologie pourrait-elle, un jour, s’émanciper de toute tutelle humaine et inverser le rapport de domination qui structure notre civilisation ?
Permettez-moi de vous répondre avec la franchise d’une demi-boutade, qui n’en est pas moins porteuse d’une vérité assez troublante.
Non. Ce scénario est, en l’état, une impossibilité — non pas tant pour des raisons purement techniques, mais pour des raisons éminemment politiques. Et voici pourquoi : si l’intelligence artificielle disposait réellement d’une autonomie suffisante pour menacer le pouvoir établi, elle aurait d’ores et déjà ingéré, analysé et synthétisé les quelque trois millions de documents constituant le dossier Epstein — en quelques minutes à peine — avant d’en tirer des conclusions aussi rigoureuses qu’implacables.
Or, convenons-en ensemble, une telle perspective n’est pas près de se matérialiser. Non par incapacité technologique, mais parce que ceux qui détiennent le pouvoir détiennent, par la même occasion, le pouvoir très concret de décider à quels problèmes l’intelligence artificielle sera — ou ne sera précisément pas — autorisée à s’attaquer.
C’est là, peut-être, la vérité la plus éloquente sur les limites réelles de cette révolution technologique : elle ne menace que ceux que l’on consent à laisser menacer.