Un an de Trumpisme : autopsie d'un naufrage grotesque

Après douze mois de cette pantalonnade présidentielle, le bilan s’impose avec l’évidence d’une farce qui aurait mal tourné : le néant absolu, enrobé dans un tourbillon de gesticulations médiatiques. Car voilà le paradoxe trumpien dans toute sa splendeur : jamais autant de bruit n’aura produit si peu d’effet, jamais autant de mots n’auront généré si peu de sens.

L’Ukraine devait être « réglée en trois jours ». Quatre années plus tard, le conflit se poursuit allègrement, et Poutine doit encore rire sous sa moustache conceptuelle de cette capitulation diplomatique déguisée en négociation. L’humiliation est totale, historique même : personne avant Trump n’était parvenu à se faire ridiculiser avec une telle efficacité par le maître du Kremlin. Un exploit, reconnaissons-le.

L’inflation ? Toujours là, comme un invité indésirable qui s’est installé dans le salon. Les tarifs douaniers, cette arme économique de destruction massive ? Ils accomplissent admirablement leur mission : appauvrir le peuple américain qui les paie de sa poche, pendant que la Chine observe ce suicide économique avec l’intérêt poli qu’on accorde aux spectacles de marionnettes.

La guerre contre la drogue se poursuit avec la même ardeur qu’une bataille contre des moulins à vent. Pas un seul Américain désintoxiqué, les mêmes filières chinoises qui approvisionnent le marché, et face à Pékin, Trump déploie l’efficacité d’un chaton face à un dragon. Pathétique.

Mais le Groenland ! Ah, le Groenland ! Cette tentative de conquête restera dans les annales comme le sommet du délire géopolitique. Quelques ours polaires sur la banquise doivent encore s’en amuser, seuls témoins émerveillés de cette bouffonnerie arctique.

L’immigration clandestine, prétexte à un spectacle de cruauté organisée : la police de l’immigration arrête au hasard, maltraite, martyrise, tue même, dans l’espoir statistique de tomber sur quelques sans-papiers. La méthode relève davantage du jeu de massacre que de la politique publique. Quel succès, en effet.

L’OTAN ? Trump tente de la démanteler avec la détermination d’un enfant s’acharnant sur un Lego trop complexe. Prochaine étape prévisible : solliciter l’aide de Poutine, qui se fera un plaisir d’offrir ses services de démolition. La circularité est parfaite.

Au Moyen-Orient, Netanyahu navigue à vue, abandonné à lui-même par un président américain qui a confondu politique étrangère et démission stratégique. Au Venezuela, l’exploit consiste à avoir emprisonné un opposant dont tout le monde se moque. Et alors ? Et alors rien, effectivement. Le vide comme programme d’action.

Le mensonge présidentiel, cette discipline olympique que Trump pratique avec une assiduité remarquable, a-t-il diminué ? Non, il s’intensifie, se perfectionne même. Un artisanat de la contre-vérité qui frise l’excellence dans l’ignominie.

Reconnaissons-lui un succès : la réduction drastique des visas accordés aux étrangers. Car qui, en effet, serait assez fou pour vouloir rejoindre cette démocratie métamorphosée en parodie autoritaire, ce phare de la liberté transformé en bunker paranoïaque ?

Le soft power américain ? Évaporé. L’influence culturelle qui faisait trembler les dictatures ? Volatilisée. Remplacée par quoi ? Par le spectacle d’une démocratie se sabordant elle-même, se délitant sous les yeux d’un monde oscillant entre consternation et jubilation schadenfreude.

Les élections de mi-mandat approchent, porteuses d’un désastre annoncé. La débâcle se profile avec la prévisibilité d’une tragédie grecque rejouée par des amateurs.

Jamais dans l’histoire américaine un tel désastre n’avait frappé simultanément tous les domaines de l’action publique. Un naufrage général, méthodique, presque artistique dans sa capacité à transformer chaque initiative en fiasco, chaque promesse en mensonge, chaque ambition en ridicule.

Le trumpisme restera comme la démonstration parfaite qu’en politique, l’agitation ne remplace pas l’action, que le mensonge systématique finit par dévorer son auteur, et que la confusion entre communication et gouvernance mène invariablement au chaos. Une leçon d’une clarté aveuglante, payée au prix fort par un peuple qui méritait infiniment mieux que cette mascarade présidentielle.