Vingt-cinq jours de guerre contre l'Iran : l'anatomie d'un fiasco annoncé

Vingt-cinq jours. Il n’en aura fallu que vingt-cinq pour que se dessine, avec une clarté presque didactique, le contour d’un échec cuisant — prévisible pour quiconque avait daigné étudier sérieusement son adversaire. Car c’est là le péché originel de cette aventure militaire : une méconnaissance crasse, presque arrogante, de ce qu’est réellement l’Iran. Non pas une république bananière périphérique comparable à Cuba ou au Venezuela, mais une civilisation millénaire, une puissance régionale dotée d’une profondeur stratégique, d’une résilience institutionnelle et d’une culture de la résistance que ni Washington ni Tel-Aviv n’ont su — ou voulu — prendre à sa juste mesure.

L’agression fut mal préparée dans ses fondements mêmes. Les buts de guerre divergeaient entre alliés, l’après-conflit n’avait fait l’objet d’aucune projection sérieuse, et la question pourtant élémentaire du détroit d’Ormuz — cette artère vitale de l’économie mondiale — sembla surgir comme une surprise dans les salles de situation de la Maison-Blanche. Bravo, M. Trump. Cette omission stratégique restera dans les manuels comme un cas d’école de l’incompétence géopolitique.

On croyait, dans les cercles néoconservateurs recyclés qui peuplent l’entourage présidentiel, qu’un peuple opprimé n’attendait que l’étincelle extérieure pour se soulever. C’est confondre, avec une légèreté troublante, un pays, son peuple et ses dirigeants — trois réalités distinctes que la complexité iranienne rend particulièrement irréductibles l’une à l’autre. Les Iraniens peuvent détester leur régime tout en refusant de se laisser libérer par des bombes étrangères. Cette nuance, apparemment insaisissable, a été ignorée avec une constance remarquable.

Sur le plan militaire, les leçons de l’Ukraine — cette guerre d’usure asymétrique qui a déjà mis à genoux des économies bien plus robustes — ont été soigneusement ignorées. La stratégie iranienne, elle, est d’une limpidité redoutable : épuiser financièrement ses adversaires, saturer leurs systèmes de défense, éroder leur volonté politique. Le bouclier israélien ne fonctionne plus comme il le devrait ; les munitions s’épuisent — Dimona en a offert une démonstration saisissante. Et, précisément, que révèle le ciblage de cette centrale militaire nucléaire, sinon que l’État hébreu possède bel et bien la bombe atomique, contrairement à l’Iran qui en est accusé ? L’ironie historique est vertigineuse.

Sur le front de la communication, le désastre n’est pas moindre. Comment suggérer impunément la destruction d’infrastructures énergétiques civiles iraniennes tout en condamnant Poutine pour des actes identiques en Ukraine, sans que personne, dans l’entourage présidentiel, ne perçoive la contradiction ? Le massacre de l’école de filles iraniennes, crime de guerre inaugural, fut suivi d’un chapelet de mensonges trumpiens d’une rare absurdité — dont la désormais célèbre affirmation selon laquelle l’Iran disposerait de missiles Tomahawk. Pendant ce temps, l’appel aux Européens se heurtait à une fin de non-recevoir aussi prévisible qu’embarrassante.

Les conséquences politiques intérieures commencent à se matérialiser : des cercueils américains qui rentrent au pays, des démissions au sein de l’administration, une opinion publique qui demande des comptes, et des élections de mi-mandat qui s’annoncent comme un verdict sévère. La liste est longue. Elle s’allonge chaque jour.

Et au bout de ce tableau, plane le spectre d’une invasion terrestre — cette idée folle qui resurgirait comme un vieux cauchemar. Le Vietnam, l’Afghanistan : ces noms résonnent comme autant d’avertissements que l’Amérique semble condamnée à ne jamais entendre. Le bourbier iranien pourrait bien n’être, pour l’instant, que son premier chapitre.