Chronique des années d'Annie Ernaux

Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022, connue en particulier pour son livre autobiographique « Les Années ».

Peu connue du grand public, un Nobel tardif, à l’âge de 82 ans, faut-il y voir l’indécision du jury ou une récompense pour, comme on dit, « l’ensemble de son œuvre », que faute d’avoir remise à temps, on eût dans quelques années regretté d’avoir manqué ?

Qualifiée de gauchiste par ses critiques, on ne peut pas dire qu’elle est une gauchiste très virulente; avec elle, la société mal barrée qu’elle décrit dans « Les Années » n’est pas près de changer de direction. C’est la gauche molle. Celle qui finalement, en entamant l’extrémité de sa vie, du bout des lèvres, nous dit que finalement, ça s’est pas si mal passé, elle a même réussi à être prof, voyez.

Alors donc, j’achète le livre phare de cette nouvelle illustre inconnue, « Les Années ».

Les premières pages donnent le ton, et le reste des pages également, le même, malheureusement. Vous avez sans doute vu à la télévision ces « Actualités » que l’on passait dans les cinémas, en noir et blanc, avec la voix nasillarde du commentateur ?

J’ai eu cette image en tête, et elle ne m’a pas quitté jusqu’à la dernière page.

Voici donc la vie d’Annie Ernaux, de l’immédiate après guerre jusqu’à quasiment nos jours, sa vie privée, et la vie publique vue à travers elle.

Abandonnons un instant ce ton critique (vous l’avez senti? :wink:) pour complimenter l’écrivain, car contrairement à, par exemple et au hasard, Michel Houellebecq ou Proust, elle sait écrire. On lit facilement, son style est plutôt agréable, quelques petites inventions stylistiques comme les photos qui « parlent » et les listes de faits historiques à la Prévert, plutôt bien trouvé.

Sinon, on est en plat pays. Pas un changement de rythme, de ton, pas une seule surprise. L’ennui n’est pas mortel grâce aux évènements historiques qui cadrent ses souvenirs. Si vous êtes de sa génération, ou disons jusqu’à 20 ans de moins qu’elle, vous prendrez même plaisir à vous remémorer nos souvenirs communs de français moyen.

Elle l’a dit dans ses interviews, la platitude de son récit est volontaire. Soit.

Un livre vite lu, vite oublié. Je n’ai lu que celui-ci de cet auteur, il parait que d’autres appuient plus sur l’analyse sociologique. Espérons le pour les passionnés de sociologie; pour les autres, cet ouvrage de la bibliothèque rose ne vous tirera aucune larme, aucun sourire, aucune émotion. Un journal intime qui aurait pu le rester sans que la littérature n’en souffre.

  • Un Nobel mérité
  • Un Nobel de circonstance
  • Un Nobel non mérité

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